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 Les occupations de Côme Martin-Karl

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sandrine57
Plume de Légende
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Date d'inscription : 26/04/2010
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MessageSujet: Les occupations de Côme Martin-Karl   Ven 31 Mai - 8:30



Hérite-t-on des conduites des échecs de ses ancêtres ?
Il y a d'abord Marcel, minuscule gratte-papiers parisien au service de la grosse machine administrative allemande vouée à censurer les pièces de théâtres pendant l'Occupation. Ses supérieurs, des dandys nazis, méprisent ce petit bureaucrate zélé, fiévreux, et sûr de son talent qui réécrit et massacre les oeuvres des plus grands artistes de son temps, dont les pièces de Jean-Paul Sartre.
Il y a ensuite Pierre, le petit-fils, dans la France des années quatre-vingt, qui ignore presque tout du passé de son grand-père : dans la famille c'est tabou.
Moyen en tout, il vit une enfance sans histoires. Un jour cependant, il tombe amoureux d'un garçon et quitte le destin tracé par ses parents. Il s'installe dans le Loiret pour travailler dans une entreprise de mots-croisés. Première étape d'une vie professionnelle trépidante et parfaitement ratée, qui l'éloigne de la maison de son enfance, où au fond d'un carton oublié depuis la guerre gît le manuscrit des Mouches annoté de la main de son auteur.
Marcel et Pierre ne se sont jamais croisés. Mais leur vie, comme en écho, témoigne de cette même volonté de devenir quelqu'un d'un peu plus grand qu'eux-mêmes.

Avec un grand-père paternel fusillé à la Libération et un grand-père maternel enrichi grâce au marché noir, l'héritage est lourd pour Pierre Miquelon, adolescent des années 80. Mais Pierre n'en sait rien. Dans la famille, le sujet est tabou et jamais on ne parle ni du collabo ni du salaud. Tout au plus sait-il que Marcel Miquelon travaillait à la Propagandastaffel où il était chargé de censurer les oeuvres écrites pour les débarrasser de tout ce qui pouvait déplaire à l'occupant allemand.Bien loin de ce passé honteux, Pierre a été élevé par des gens bien, sans histoires, des français moyens, fiers de leur petit pavillon de banlieue, contents du peu qu'ils possèdent et ne se désirant pour leurs enfants qu'un bonheur simple et un bon travail. Et Pierre répond à toutes leurs aspirations. Adolescent paisible, il passe son bac et entre en BTS gestion commerciale. Hélas, une rupture sentimentale va le faire dévier du chemin tout tracé. Il arrête son BTS, entre dans une école commerciale, se découvre homosexuel, s'éprend de Thierry et quitte l'Oise pour le Loiret, un boulot de créateur de mots croisés et la vie de couple. Finalement quitté par Thierry, il s'installe dans l'Aude, dans la maison familiale, et c'est là qu'il trouve les archives de son grand-père Marcel. En fouillant les cartons, il se fait peu à peu une autre idée de ce collabo, le découvrant plus passionné de théâtre et écrivain raté que fervent admirateur d'Hitler et de ses sbires.

En entremêlant les destins d'un obscur gratte-papier mais fervent censeur, sûr de travailler pour le bien des belles lettres, naïf et maladroit pendant l'Occupation et son petit fils qui se cherche dans la France des années 80, Côme MARTIN-KARL pose la question du lien familial par-delà le temps. Et ce qui lie les Miquelon, c'est bel et bien la médiocrité. Leurs destins sont très différents bien sûr mais le ciment en est la petitesse des ambitions, ce désir de s'élever mais sans faire de vagues pour finalement rester à l'écart de la réussite. Si le procédé est intéressant puisqu'il permet de visiter deux époques, la guerre d'abord, avec le climat délétère de l'Occupation et la frénésie de la Libération, et les années 80 ensuite, époque sans réelle ampleur où tous les espoirs de réussites résidaient dans les vertus de l'ascenseur social. Cependant, si on suit les péripéties de ses deux anti-héros avec un certain intérêt, on a tout de même du mal à voir où l'auteur veut en venir. L'échec serait-il héréditaire? Espérons que non et laissons ces deux ratés à leurs petits rêves de gloire. Pas indispensable.


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