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 Tuer le temps de Nimzovitsch

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sandrine57
Plume de Légende
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MessageSujet: Tuer le temps de Nimzovitsch   Mer 27 Avr - 11:28



Un roman policier, imprégné de références littéraires, parcouru de dérives hallucinatoires. Le lecteur, bousculé à chaque page, entre dans l'esprit de Marie, professeur de Français peu ordinaire, cynique et misanthrope, et suit son épopée sanglante commencée depuis des années. Mère divorcée de trois enfants à la vie en apparence bien rangée, elle comble son ennui en tuant au hasard, sans mobile, sans remords, laissant à chaque fois derrière elle la première page d'un roman. Elle entreprend d'écrire sur des cahiers de brouillon un « Guide de survie à l'usage des assassins, des violeurs d'enfants et des pilleurs de tombes », en faisant partager au lecteur son expérience de meurtrière à l'incipit qui a toujours su éloigner les soupçons. La succession de courts chapitres à la première et à la troisième personne nous entraîne à la fois dans les pensées et le quotidien de Marie, qui perd de plus en plus pied dans la réalité. La seconde partie du roman décrit le parcours de ses cahiers, mode d'emploi du meurtre gratuit, et leur influence sur les lecteurs les plus improbables. le récit présente enfin une galerie de personnages truculents reliés de manière étonnante, prisonniers d'une ville qui se décompose et absorbe tout autour d'elle, jusqu'au voyageur final…
C'est aussi et surtout un roman exaltant le pouvoir de l'imaginaire, dernier ressort pour combattre l'ennui.

Marie est professeur de français, elle est divorcée, élève seule ses trois filles et s'ennuie. Pour s'évader de cette vie insipide où rien ne lui donne satisfaction, elle tue. Et consigne ses crimes dans un journal qui pourra aussi être un guide pour les assassins potentiels. Ses écrits, d'abord découverts par sa fille Cécile, vont se retrouver entre les mains d'Hideo Nashima, un japonais converti dans l'aide au suicide.

Sanglant, malsain, dérangeant...Voilà les premiers mots qui me sont venus à l'esprit en lisant ce livre de l'auteur mystérieux nommé NIMZOVITSCH. Mais ce serait réducteur de s'arrêter là.
Ce serait ignorer l'imagination prodigieusement fertile de l'auteur. Les meurtres s'enchaînent, singuliers et variés, tous différents. Et quand Marie ne tue pas, elle rêve d'apocalypses, d'hécatombes, de tsunamis, de charniers, de fins du monde. Et là, l'auteur s'en donne à coeur joie! Une visite à l'aquarium de la ville et ce sont les cages en verre qui explosent, l'eau qui se répand, les plantes aquatiques qui prolifèrent, l'humain qui doit s'adapter à une autre façon de vivre. Une journée de cours ordinaire au lycée devient un massacre de tous les élèves, de tous les profs où les corps en décomposition offrent un lieu de vie à toutes sortes d'insectes nécrophages et de plantes exubérantes. Et Marie n'est pas la seule à rêver, sa fille Cécile invente des vies hors du commun à ses voisins . Et même si le morbide n'est jamais loin, NIMZOVITSCH offre là une gallerie de personnages invraissemblables entre un réparateur de matelas prêt à tout pour exercer son art et des physiciens siamois que l'amour d'une femme va séparer.

Et puis ce serait aussi ignorer l'humour qui se dégage des cahiers de Marie. Professeur consciencieuse, mère dévouée, catholique pratiquante, Marie cache ses pensées meurtrières sous des dehors de femme bien sous tout rapport. Misanthrope et cynique, elle fait fi du politiquement correct et n'épargne rien ni personne. Les vieux, les étrangers, les enfants, les bébés, les handicapés, les malades, rien ne l'arrête dans sa guerre contre le genre humain. Son ironie mordante prête à sourire et même à rire si toutefois on aime l'humour noir, très noir.

Ce serait ignorer encore que, au delà des meurtres en série et des pulsions sadiques, c'est aussi un roman sur la solitude, le désarroi, l'ennui, la place que l'on a au milieu des autres. Même si Marie tue sans scrupules, on ne peut pas ignorer sa fragilité, son sentiment d'abandon. Un travail qui ne la fait plus vibrer depuis longtemps, une vie de famile harassante et une vie sentimentale inexistante ont fait de cette femme un être vide qui va trouver trouver un épanouissement passager dans l'exécution de crimes odieux. C'est une sorte de fuite en avant, une manière d'échapper à sa routine quotidienne...

En bref, malgré quelques longueurs dans les descriptions (mais rien n'interdit la lecture en diagonale quand le propos devient répétitif), j'ai apprécié sans honte ce roman au style inhabituel mais je conçois facilement qu'il va en choquer plus d'un. Certaines scènes sont à la limite du soutenable. A réserver aux lecteurs avertis.
Encore une fois je remercie les agents littéraires ainsi que les Editions de l'Abat-jour .
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